Un peu de respect, gamin !

logo hc une

C’est l’histoire d’une femme de 32 ans qui ne se perçoit pas comme une vieille mais qui doit bien reconnaître que dans les yeux d’un gamin de 8 ans elle en a tous les traits.

C’est l’histoire d’une maîtresse, remplaçante par choix et fière de l’être, qui ne recherche pas pour l’instant à exercer son métier autrement et qui aime ça (la plupart du temps), qui a un VRAI poste d’enseignante et qui pour cela aime qu’on la considère comme telle et non comme prof’ au rabais.

Un beau jour elle est appelée pour remplacer un maître dans une classe de CE2, pour un après-midi seulement, un tout petit après-midi. Elle est un peu en retard, ayant été prévenue au dernier moment. les élèves sont donc tous répartis dans les autres classes de l’école. Ils sont plutôt satisfaits : changement d’habitudes, glandouille à gogo. Elle attend dans la classe qu’ils arrivent au compte gouttes. Dans le couloir l’un deux s’écrie « Fais ch***, on va bosser… ».  Il rentre avec ses copains, dont un pouffe de rire en la voyant elle, celle qui vient tout gâcher. Ils s’installent, le blondinet continue de sourire en la regardant.

Le reste du groupe est enfin là et comme si la maîtresse ne comptait pas, ils parlent, rient, se moquent pas mal du silence gentiment demandé par l’instit’. Sa voix change alors  de ton, il se fait plus sévère… Le silence est une dernière fois demandé, plus fortement. Enfin, elle va pouvoir leur parler, leur expliquer le déroulement de cette demi-journée. Pas besoin de se présenter, ils la connaissent, c’est une habituée. Elle a même passé quelques semaines avec eux, il y a quelques années, à leur entrée en Maternelle.

Elle sait que ce groupe de 26 élèves n’est pas facile mais ils sont attachants pour la plupart et à chaque fois elle y retourne pleine d’espoir.

Mais il y a toujours ce rire dès qu’elle parle, explique, reprend quelqu’un, se trompe de prénom (Maël, Naël, Anaël…), se retourne. C’est lui, le blondinet. S’il s’agissait juste d’un enfant au rire facile, elle laisserait couler mais non. Il se moque. Elle n’est pas parano, non. Elle a juste l’habitude. Elle prend son mal en patience. Elle se dit qu’il ne faut pas aller tout de suite à l’affrontement direct. Elle veut lui laisser sa chance malgré tout. Et puis, il n’a que 8 ans mince, il ne peut pas être déjà si impertinent, moqueur, irrespectueux.

La récré se passe. Une petite puce de la classe vient la voir : « il m’a traité de chien, il m’a lancé des cailloux pour faire les croquettes, il me faisait – ouaf, ouaf petit toutou _- … » Pour l’enseignante, c’en est trop ! Il doit s’expliquer. Mais il rit, s’en moque, ce n’est pas grave ce qu’il a fait « c’est bon quoi ! ». Il se fiche que cela puisse la blesser, il lui dit clairement. Elle lui demande de faire des excuses et d’un air narquois il lui envoie « Paardoonnnnnn, je suis désolé pffff ».

Chaque échange avec lui durant le reste de cette trèèèèèès longue après-midi se passe ainsi. Elle argumente, elle dialogue, il n’en a que faire. Elle hausse le ton, joue la sévérité, isole l’enfant à une table dans un coin de la classe pour ne pas « polluer » le groupe classe par son perpétuel mépris, elle lui parle de respect, de tolérance, il la toise. Et là, elle n’en peut plus. Elle prend son carnet de liaison, écrit un mot aux parents, demande qu’il soit vu et signé aussi par le maître habituel. Elle sait que ça ne servira sans doute à rien mais elle ne peut laisser faire, dire. Il est de son devoir d’en parler.

Demain, elle sera dans une autre classe. Tout se passera bien, ou peut être pas. Mais elle sait une chose, c’est que depuis bientôt 10 ans qu’elle est dans le circuit dont 6 en tant que remplaçante, ces gamins minoritaires au départ sont de plus en plus nombreux. Ils ne sont encore qu’une part moindre des élèves qu’elle côtoie mais elle ne peut que faire le constat d’un irrespect grandissant par rapport à l’enseignant, l’adulte en général, les pairs également.

Alors elle est sans doute de la vieille école (elle ne le croit pas vraiment) mais elle ne peut s’empêcher de croire qu’un gamin de 8 ans ne devrait pas parler comme ça à la vieille de 32 ans qu’elle est.  Car peu importe sa façon de gérer la classe, les conflits, les incompréhensions, elle le fait toujours dans le respect des petits mecs, des petites bonnes femmes qu’elle a devant elle. Souvent c’est même plutôt aux parents qu’elle aimerait parler. Encore faudrait-il qu’ils daignent la saluer à la sortie…

Ah, en fait elle comprend mieux maintenant, il n’y a pas de fumée sans feu… Alors même si elle sait aussi que tous les enfants, tous les parents ne sont pas comme ceux décrits dans son histoire, elle ne peut pas, ne peut plus nier le problème.

UN PEU DE RESPECT, GAMIN !

Jack Koch

Jack Koch

Publicités

14 réflexions sur “Un peu de respect, gamin !

  1. Hum, c’est l’age de mon fils… Et il a des copains comme tu le decris ( en fin, juste 1, et en fait c’est pas 1copain…). J’ai du mal aussi a me faire a ce « phenomene » du moins on respecte, mieux on parait.

    • Je crois que ça a toujours existé mais c’était vraiment rare (à mon époque hein) ou marginal. Ce qui me rend dingue c’est de voir que c’est de plus en plus répandu, parfois même assimilé à quelque chose de positif, genre, « au moins il a du caractère » (véridique, entendu).
      Mais j’ai comme toi clairement beaucoup de mal à m’y faire…

  2. Je reste totalement baba de lire ça. Je pensais pas qu’à cet âge là, on pouvait être aussi irrespectueux voire même méchant (le coup du chien O_O)
    J’espère que les « tendances » s’inverseront… J’ai peur pour mes enfants à l’école…!

    • Je crois malheureusement que c’est plus un phénomène de société qui se manifeste à l’école mais qui existe aussi ailleurs. Comme si le respect de l’autre était en option quand on éduque…

  3. Il y a deux garçons dans la classe de mon fils, hélas ils sont hélas des copains de mon fils.
    L’un est souvent violant et emploie des mots vulgaire, j’ai compris quand j’ai vu les parents et un « tu vas fermer ta gueule oui ? »
    L’autre ressemble a un petit ange, il est venu à la maison pour l’anniversaire de mon fils et il l’a gâché en foutant un bordel monstre (il lançait les caisses de jouets sur les autres enfants par exemple …), j’ai compris aussi en voyant la maman trop sévère et trop irrespectueuse de ses enfants, elle semble pourtant gentille au premier abord mais quand on en apprends plus … et elle est instit’
    ça me rend triste pour ses enfants, mais égoïstement, j’aimerais aussi tellement que ce ne soit pas les copains de mon fils … (heureusement il en a d’autres ^^)

    • Moi aussi ça m’interroge et je me dis qu’il y a forcément quelque chose qui ne va pas pour que ces enfants agissent ainsi mais en même temps on ne peut pas tout permettre sous ce prétexte. Et puis égoïstement aussi je préférerais ne pas les avoir en classe 😉

  4. J’ai 5 enfants, de la maternelle au lycée, et tous témoignent de ces enfants irrespectueux, arrogants sur qui tous les dialogues, les réprimandes ou les punitions glissent comme l’eau sur une vitre. Pourtant j’ai envie d’y croire. Qu’à force de patience et de respect, on peut changer la donne. Je travaille dans un foyer d’accueil d’ados, où les enfants sont violents et irrespectueux au possible. Et quand, à force de dialogue et d’attention, j’arrive à percer cette carapace et trouver sous le visage chafouin, un petit garçon/une petite fille sensible, j’ai plaisir à penser que tout n’est pas perdu. Mais ceux-là n’ont pas, ou si peu, d’exemple parental. Alors que les élèves/collégiens/lycéens irrespectueux et perturbateurs, eux, ont des parents, que l’on entend aux sorties de classe injurier et malmener leurs enfants, baver sur la société etc….Là, je me dis qu’on est pas sorti de l’auberge et que mes propres enfants vont devoir courber l’échine, se blinder face à ces agressions permanentes, et que c’est pas juste..

    • Je suis complètement d’accord. Et je ne sais pas si cela peut aller dans le sens de ce que tu dis mais ces enfants là je les rencontre plus dans les milieux aisés que dans les quartiers dits difficiles. D’ailleurs globalement l’impertinence d’un enfant de quartier révèle souvent un besoin d’exister, d’être là, même par l’affrontement avec l’adulte. Et j’ai toujours plus de facilité à l’accepter et à me battre pour dialoguer.

  5. Et dire que mon petit MisterBB va entrer à la maternelle,non!!!je veux pas!! lol
    Plaisanterie mise à part, en tant que vieille de 31 ans et demi, je trouve aussi que ce genre de comportement se généralise un peu trop et dés le plus jeune âge (même avant 8 ans) et même s’il a vraisemblablement des explications dans l’histoire et l’éducation de l’enfant, il y a un gros souci surtout quand il est impossible de dialoguer ni avec l’enfant, ni avec les parents…Je comprends tout à fait le dilemne en tant qu’enseignant, et j’ai extrêmement peur en tant que maman…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s